Le football algérien otage de ses voyous

Du Libéria au Ghana, en passant par Béjaïa et Guelma, le football algérien a tenu à rester fidèle à ses travers par des comportements répréhensibles que réprouvent la morale en autant d’atteintes à l’esprit sportif. Les conséquences? Tout le temps, et on s’excuse du terme car inapproprié, d’apprécier. Pendant ce temps …

Toujours là, la bête immonde
Focus sur des incidents aussi graves que répétés ternissant chaque week-end un peu plus les hideux décors plantés depuis assez longtemps pour ne pas s’en inquiéter, par le grand malade qu’est ce football national dans l’œil du cyclone et qui n’en rate pas une pour se distinguer par des comportements d’un autre âge. Un jeu plus aussi «populaire» que cela. Qui a, et on ne le répètera jamais assez, mal de ses dirigeants. De tous ces mauvais génies tapis à l’ombre de leurs privilèges et qui, semaines après semaines agitées, allument le feu et mettent sens dessus dessous des tribunes toujours prêtes à exploser par des déclarations incendiaires. Des appels à la violence trouvant malheureusement échos (au pluriel on le souligne) dans des colonnes de presse pour beaucoup complaisantes. Elle a encore sévit la bête immonde. Telle une malédiction. Un cancer qui ronge, chaque jour un peu plus, un «patient» abonné aux salles de réanimation et maintenu artificiellement en vie. Éternellement sous perfusion.

Cas désespéré et emportant, au fil de saisons houleuses (on ne compte plus les dégâts matériels, considérables et payés de la poche du seul contribuable appelé sans cesse à ne plus assumer ce rôle qui ne lui va plus de dindon d’une farce n’en finissant plus avec les clichés, mérités évidemment) qui, telle une seconde nature, lui collent à la peau. Dans la durée. Pour de bon on le craint à voir la tournure douloureuse, dramatique même, prise par des événements s’imposant en autant de dépassements dans des décors hideux. Pas seulement dans et autour de ces enceintes dépassées par le temps et mises à rude contribution par la main de l’homme, pas seulement ce supporter y faisant hebdomadairement le déplacement pour donner libre cours à ses frustrations quotidiennes, la majorité des fans comptant parmi les laissés-pour-compte d’un système ne reconnaissant plus ses enfants. Des travées de stades vieillots, sans la plus élémentaires des mesures de sécurit, transformées, au gré des résultats et des médiocres prestations de nos pseudo-pros, en volcans explosant à la moindre petite étincelle, la plus banale des provocations, les joueurs, payés pourtant grassement, n’étant que rarement au dessus de tout reproche.

La honte
Accra, puis Monrovia, puis Béjaïa, puis Guelma. Pour ne parler que des faits (et on craint toujours le pire à l’approche des verdicts de fin de saison et les sanctions qui vont avec à tous les niveaux des classements de nos si piteuses compétitions et leurs stars en carton, sans parler des scènes de pugilats et de dégradations qu’ils nous offrent à l’arrivée de chaque revers), les plus récents.

Accra (Ghana) pour nous rappeler que cette année 2017, qui débute sur des charbons ardents et ouverte sur tous les scénarios (du pire bien sûr), si elle porte en elle tous les germes d’une autre saison à marquer d’une pierre noire sur le plan de la sécurité dans et autour de nos stades et toutes ces dérives inscrites à l’ordre d’une logique implacable, violente, mettant en danger la sécurité des biens et des personnes, les différents bilans présentés par la DGSN, pour ne citer que cette structure trop souvent sur les dents pour ne pas en signaler l’immense travail accompli pour justement limiter les dégâts, donnant le vertige en raison du nombre de blessés recensés lors des nombreuses échauffourées signalées un peu partout.

Dans la capitale ghanéenne, le MC Alger, qui revenait sur la scène africaine par la lucarne du Bichem local pour le compte du tour préliminaire de la Coupe de la CAF (le «Doyen», grâce à sa large victoire samedi soir , 4-1, en match «retour», s’est offert le droit de poursuivre l’aventure, mais ce n’est pas l’objet de notre sujet), en plus de s’incliner certes petitement et sur la plus petite des marges (1-2) regrettera (ça ne suffira malheureusement pas à rectifier le tir puisque le mal est fait, les images ayant fait le tour de la planète football) ce pugilat entre le coach Mouassa et son joueur Mokdad (les raisons important peu en comparaison du préjudice subi par le plus vieux club algérois, et dans la foulée le football national, donc l’image de marque du pays) qui a nécessité l’intervention énergique de la police ghanéenne pour calmer les esprits et permettre à la rencontre de suivre son cours «normal.» Un sigle prestigieux qui n’avait nul besoin de tels comportements pour signer son grand retour à l’Afrique. Trop de bruit pour rien ? Un accrochage violent qui plus est dans un match international, dans un pays étranger, ça laisse forcément des traces indélébiles.

Le règne des voyous
Un manque de respect pour le public, la discipline. La honte. Inadmissible, quoi qu’on puisse dire, pour les deux parties incriminées. De la capitale libérienne, Monrovia, vingt quatre heures plus tôt, c’était au club le plus titré en Algérie, une véritable ex-terreur africaine, nous parvenaient des échos dont l’image, en déclin, du club phare de la Kabylie n’avait nul besoin.

En scène, dans une partie ratée et tournant au cauchemar (un véritable naufrage sanctionné par une lourde défaite de 3-0 infligée par un inconnu au bataillon, pour dire la chute libre des «Canaris» engagés désormais, et ça ne leur ressemble pas pour qui connaît leur incomparable palmarès, dans une lutte acharnée pour la survie parmi l’élite), les poulains du nouveau duo technique composé de Rahmouni et de Moussouni glissant dangereusement dans le bas du tableau et flirtant avec la zone des relégables, deux éléments qui ont choisi d’altérer encore un peu plus la sérénité et le moral (pas au beau fixe au grand dam de leurs supporters) d’une équipe à la recherche d’une aura perdu. Redouani et Berchiche, pour ne pas les citer, se transformant en boxeur du dimanche pour régler des comptes personnels futiles (qui a parlé de professionnalisme ?) sur le dos de l’histoire d’un club modèle.

Les temps sont durs du côté de Tizi Ouzou où il faudra montrer largement mieux que ces comportements de voyous pour espérer sortir de l’ornière et sauver ce qui reste à sauver en championnat. Les voyous ? Ils sont là. Omniprésents et pesant tellement sur les événements pour nous tracer un tableau noir. Nous couper carrément l’envie de remettre les pieds dans un stade ouvert à tous les vents. à des pagailles en série. Indescriptibles. A coups de blessés (on comptera plus d’une vingtaine parmi les policiers, les agents de la Protection Civile et des supporters) et de dégradations. De peurs renouvelées. Bleues comme la couleur de ces courageux agents de l’ordre dont le sacrifice (ils en paient le plus lourd tribut) pour le rétablissement de … l’ordre, est à saluer. Les voyous, ils se signaleront de manière violente à Bejaïa à l’occasion du match MOB- USM Alger sanctionné par un nul blanc. Aussi triste que ce déchaînement de violence qu’aura vécu, des heures durant, la charmante et pourtant accueillante ville de Yemma Gouraya. Avec son lot de blessés et d’arrestations.

Sombre tableau
Scènes revues et pas tellement corrigées car offrant les mêmes ingrédients que celles qu’on reverra, trois jours plus tard, à Guelma à l’occasion d’une étape de championnat de DNA (l’équivalent de la 3e division dans l’ordre hiérarchique de nos compétitions) groupe- Est, ayant mis aux prises deux de nos plus prestigieux sigles aujourd’hui perdus dans les méandres des paliers inférieurs, en l’occurrence l’ESG (qui ne se souvient pas du fameux «Escadron Noir» local dont la réputation et la notoriété dépasseront largement les frontières mais à une époque révolue?) et l’USM Annaba, actuel leader et se rapprochant plus que jamais d’une possible accession en Ligue 2 qui la mettrait sur orbite, enfin, de l’élite.

Un triste zéro-zéro, des débats n’atteignant pas des sommets et des tribunes qui choisiront de se détourner du «spectacle» (une neutralisation parfaite au tableau d’affichage) morose offert sur le terrain, pour mettre le feu aux tribunes. Aux poudres. à coups d’échange de pierres et des violences qui emporteront tout sur le passage. Bien au-delà des limites du théâtre de cette rencontre donnant, à nouveau, à nos compétitions un parfum de drame à répétition. Sombre tableau et l’impression sans cesse renouvelée, on le craint, que le pire est devant nous.

Craintes d’autant plus justifiées avec le retrait (heureusement partiel) de la police remplacée, et de quelle manière, par des «stadiers» pour beaucoup peu préparés à cette difficile tâche, pour ne pas dire acteurs actifs, voire à l’origine pour certains, dans les bagarres éclatant un peu partout à la moindre contestation ou faute (avérée ou pas) arbitrale dans des lieux publics (les stades ne le sont-ils pas avec la précision, pour ne pas dire la particularité que les mouvements de foules sont un peu plus difficiles à maîtriser ?) et trouvant dans leurs nouvelles «fonctions» la possibilité de découdre avec l’«adversaire » dans une certaine impunité.

On… «apprécie !»
Les amoureux du football, transformés bien malgré eux en «pantouflards» du week-end, troquant ainsi leur passion contre la sécurité du petit écran. Qui craignent d’autres écarts disciplinaires (côté vestiaire, même si ce dernier n’est plus frappé du sceau de l’intimité, les moindres faits et gestes atterrissant sur la voie publique et sur ce plan précis, il y a tellement d’efforts à faire) et débordements aux conséquences imprévisibles.

À quelques encablures des différents baisser de rideau, tous paliers et catégories d’âges confondus (chez les jeunes pousses, le phénomène de la violence est également palpable et n’augure rien de bon), les responsables en charge de la discipline savent ce qui les attend et quelles sont les mesures (s’achemine-t-on vers une dernière partie de saison placée sous le signe du huis clos, cette sanction qui ne semble toutefois pas freiner ni même tempérer les ardeurs des champions de la violence) à prendre, les dernières étapes, et c’est connu car l’enjeu devenant plus important autant pour la course aux trophées que pour les opérations sauvetage (tous les moyens devenant bons, y compris l’intimidation et l’agression physique, nonobstant bien sûr la combine avec des arbitres devenus pour certains «achetables» à souhait et pesant de tout leur poids sur l’issue des rencontres aussi sûrement) devenant porteuses de sérieuses menaces.

Pour clore et à titre de message clair (sera-t-il décodé à temps pour arrêter les frais d’un jeu de massacre installé dans la durée dans nos murs?), on retiendra ces propos lourds de sens et qui disent ce qu’ils veulent dire, sortis de la bouche même d’un des responsables de la FAF (le 1er responsable de la tellement décriée Commission de Discipline de la LFP), M.Hamid Haddadj qui n’ira pas par d’autres chemins pour remettre en cause l’utilité même de la contribution des « stadiers», en déclarant, entre autres, et sans détour, que «Certains d’entre eux sont des délinquants.

Qu’au lieu d’aider les forces de l’ordre dans l’organisation des matches et la canalisation des supporters, ils recourent à l’intimidation des équipes visiteuses.» Aux lecteurs, et donc au public, d’apprécier. Attention danger. On ne cessera jamais de le souligner. Pauvre football algérien.
A. A.

1 COMMENTAIRE

  1. Salam alaykoum,

    Magnifique article sur la violence dans le football algérien qui est malheureusement un fait existant et déplorable. Je tenais à vous féliciter pour cet excellent travail. Enfin un journal compétent et professionnel.
    En tant que supporter de l’équipe nationale, je vous prie de continuer sur cette voie.

    Bonne continuation à vous !

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