Ahmed Kashi : « J’ai qu’une envie retourner en sélection »

Actuellement blessé, l’international algérien de Charlton a accordé un long entretien au site du magazine français Onze Mondial.
Ahmed Kashi est un garçon discret. A l’image du footballeur qu’il est : simple et altruiste. Formé à Louhans-Cuiseaux, passé par Châteauroux, puis Metz où il a découvert la Ligue 1, l’an passé, l’international algérien a choisi de découvrir une nouvelle culture en s’engageant à Charlton cet été. Ce milieu travailleur n’en reste pas moins attaché à ses valeurs : sa famille et ses amis. Actuellement éloigné des terrains, il occupe son temps libre en revenant dans son quartier, à Blanc-Mesnil, où vivent encore ses parents, conscient de la chance qu’il a d’exercer son métier. Confidences avec un amoureux de la vie.

Ahmed, tu t’es récemment blessé. Quelles sont les nouvelles ?
Elles sont bonnes. Je rentre tout juste de Suède (entretien réalisé vendredi soir) où je me suis fait opérer. Avant d’opter pour ce choix, j’ai fait un tour d’horizon. J’ai consulté notamment plusieurs spécialistes à Paris qui m’ont parlé d’une indisponibilité de six à douze mois. Quelques jours auparavant, à Londres, j’avais rencontré un médecin suédois habitué depuis vingt ans à traiter des cas comme le mien. A priori, je devrais pouvoir reprendre d’ici 8 à 10 semaines.

Concrètement, de quoi souffres-tu ?
C’est une gêne rare qui s’appelle la maladie de Haglund. C’est une bosse qui pousse derrière le talon à cause des frottements entre l’os et la chaussure. Ça m’irritait beaucoup et je ne pouvais plus continuer. L’opération s’est bien déroulée, je vais entamer une rééducation de deux mois et j’espère ensuite retrouver les terrains.

Comment se passait ton aventure anglaise avant ta blessure ?
Très très bien. J’ai joué quasiment tous les matchs et je me suis vraiment bien adapté au football local. C’est un championnat qui me correspond avec du rythme et un gros combat physique. Les stades sont toujours pleins, il y a de l’engouement, c’est totalement différent de la France.

Qu’est-ce qui te plait le plus dans le football britannique ?
Le respect des fans pour les joueurs. Ici, chaque geste est apprécié à sa juste valeur. Pour un simple tacle réussi, tu as 30 000 personnes qui t’applaudissent. C’est touchant et ça donne envie de se dépouiller. En France, même si le public est connaisseur et exigeant, il est moins reconnaissant. J’entendais récemment Riyad Mahrez dire qu’il y a dix mondes d’écart entre la France et l’Angleterre. C’est vraiment ça.

Comment se déroule l’adaptation au pays ?
Aucun souci à ce niveau-là. Il y a sept francophones dans le groupe : cinq Français et deux Belges. Franchement, ça se passe nickel sur ce point. J’ai pas mal progressé en anglais et même avec les Britanniques, le feeling passe bien.

Pourquoi avoir quitté Metz cet été ?
J’arrivais à la fin d’un cycle. J’ai passé trois ans à Metz et je souhaitais changer d’air. La possibilité anglaise s’est présentée à moi, j’ai sauté sur l’occasion. C’est un championnat qui m’a toujours attiré, je ne pouvais pas refuser.

Pourquoi avoir choisi de rejoindre un nouveau championnat alors que des clubs de Ligue 1 te suivaient ?
C’était surtout des rumeurs. En réalité, il n’y avait rien de concret. Aucune équipe française ne m’a contacté.

Tu as vécu des périodes très inégales à Metz, l’an passé. A quoi est-ce dû ?
Disons que c’est un peu à l’image de ma carrière où j’ai disputé une vingtaine de rencontres chaque saison. L’an passé, tout se passait bien jusqu’à mon retour de la Coupe d’Afrique. Du jour au lendemain, sans explication, je me suis retrouvé écarté. Je ne figurais même pas dans le groupe des dix-huit joueurs. Après quelques semaines, sans savoir pourquoi, j’ai retrouvé une place de titulaire. Et en fin de saison, j’ai de nouveau disparu de l’effectif. C’était plus compréhensible, car le FC Metz était condamné et souhaitait préparer l’exercice suivant avec des joueurs qui allaient rester.

« La Ligue 1 est plus fermée, plus tactique »

Tu as découvert la sélection algérienne avant de participer à la CAN 2015 dans la foulée. Quels souvenirs gardes-tu de ce tournoi ?
C’était une super expérience, un véritable plaisir d’être là et de représenter toute une nation. J’en suis sorti grandi. Je me suis retrouvé au contact de très bons joueurs, ça m’a permis de m’évaluer, de voir le niveau qui me sépare encore du top. Après ça, tu n’as qu’une envie, c’est de retourner en sélection.

En quoi l’ambiance de la sélection est-elle si spéciale ?
Disons qu’on est comme une famille. Tout le monde a approximativement le même âge entre 23 et 28 ans. Du coup, ça facilite les choses. Mais, il y a surtout beaucoup de talent dans l’équipe.

Quelle relation entretiens-tu avec Christian Gourcuff ?
C’est un entraîneur qui connaît le football, un éducateur. Il maîtrise son métier et je m’entends bien avec lui. Après la CAN, il m’a demandé de persévérer, de ne rien lâcher et de garder le même état d’esprit.

Tes compatriotes Mahrez, Brahimi ou Ghoulam explosent actuellement. Ça te surprend ?
Pas du tout. D’une part parce que ce sont des joueurs de qualité. D’autre part car ils ont trouvé à l’étranger un environnement favorable pour s’exprimer. C’est une très bonne chose pour le football algérien. C’est l’équipe nationale qui va en profiter.

Est-ce que tu continues à suivre la Ligue 1 ?
De temps en temps. Je regarde surtout les grosses affiches parce que je suis davantage porté sur les matchs anglais. Ici, c’est très spectaculaire avec un engagement total. En Ligue 1, c’est plus fermé, plus tactique.

En tant que natif de la région parisienne, quel regard portes sur le PSG ?
Paris ne devrait pas jouer en Ligue 1 (rires). Cette équipe est incomparable avec les autres équipes du championnat, il y a un monde d’écart. L’année dernière, on les avait affrontés avec Metz et franchement, ils étaient déjà impressionnants. Cette année, c’est pire. Ils sont trop forts collectivement et individuellement. Ils sont puissants, dégagent une sérénité à toute épreuve et se déplacent toujours en bloc resserré. Et pour leur prendre le ballon, il faut se lever tôt.

Comment expliques-tu ton explosion si tardive ?
C’est le destin. J’ai connu beaucoup de blessures dont trois opérations (ndlr : la quatrième a donc eu lieu, il y a quelques jours). J’ai été éloigné des terrains cinq, puis trois et deux mois. Je me suis notamment cassé le cinquième métatarse, une fois celui du pied gauche, une fois celui du droit. Sans parler des blessures bizarres. Ça m’est arrivé de louper huit semaines de foot pour une béquille reçue, un truc complètement banal où il faut habituellement trois jours pour récupérer. Ça m’a rendu plus fort mentalement.

Quels sont tes objectifs cette saison ?
Retrouver la pelouse cette saison si possible, prendre du kif et aider Charlton à se maintenir. On a bien commencé l’année avec une deuxième place au classement, puis on a enchaîné une série de six matchs sans victoire et le coach a été renvoyé. Désormais, il faut entamer un nouveau cycle et sauver le club. La montée en Premier League fait partie du passé.

À 27 ans, c’est quoi ton rêve ? Jouer en Premier League ou signer au Qatar et mettre ta famille à l’abri ?
J’ai encore envie de montrer ce que je sais faire en Europe, me frotter aux meilleurs joueurs. Même si une partie de ma carrière est derrière moi, je suis encore jeune pour m’exiler au Qatar. J’ai tant à prouver.
In Onze Mondial

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